Posted 19 décembre 2018 19 h 08 min by

Priscilla Ludosky est l'une des 8 porte-parole "désignés" des gilets jaunes.
Un communiqué a annoncé ce lundi 26 novembre la désignation de huit porte-parole des gilets jaunes, qui revendiquaient pourtant jusqu'ici n'avoir aucun leader. Certains sont déjà connus du public, comme Priscilla Ludosky, d'autres non. Voici qui ils sont, et comment ils ont été désignés.

Coup de théâtre chez les gilets jaunes. Alors que le mouvement revendique depuis ses débuts n’avoir aucun leader, voilà qu’un « communiqué officiel » a annoncé ce lundi 26 novembre la « création d’une délégation de communicants officiels ». Soit huit porte-parole des gilets jaunes, missionnés d’une « rencontre avec le président de la République, le Premier ministre et le gouvernement ». Mais alors, comment un mouvement sans tête ni structure a-t-il pu soudain accoucher d’un texte et de représentants officiels ? Qui a désigné ces derniers, et comment ?

Comment les porte-parole ont été désignés

Contactés par Marianne, deux des porte-parole nous expliquent que la décision a été prise ce week-end, à la suite du deuxième round de manifestations des gilets jaunes, qui ont donné lieu samedi à des violences sur les Champs-Elysées à Paris. « Entre les casseurs et les commentaires du gouvernement, j’ai eu comme le sentiment que tout ça risquait de nous échapper, confie Maxime Nicolle, originaire de Bretagne et figure connue des gilets jaunes, très présent sur Facebook avec des vidéos face caméra. Nous avons pensé qu’il était temps que l’on prenne contrôle de la communication. On a pris cette décision en urgence, parce qu’on voulait éviter que le mouvement tombe entre de mauvaises mains« . « On a décidé qu’il fallait qu’on désigne des personnes pour représenter clairement les gilets jaunes dans les médias », abonde Thomas Miralles.

Pour passer à l’action, les 44 animateurs des pages Facebook de manifestations de gilets jaunes se réunissent dimanche au cours d’un live vidéo. La discussion, nous relate Nicolle, est longue et difficile. Comment, à 44, prendre en effet cette décision au nom des centaines de milliers de gilets jaunes ? Finalement, ils décident de voter.  » Nous sommes conscients que notre processus de sélection est imparfait, nous l’avons fait aussi vite que possible », reconnaît le jeune homme de 31 ans, martelant : « C’est pour cette raison qu’on insiste autant sur le fait que les huit personnes qui ont été désignés sont bien des porte-parole et aucunement des leaders, ni des représentants« . Aussi, n’allez par leur parler d’« élus » – un comble dans un mouvement qui rejette les partis -, tous les deux insistent sur l’adjectif « désignés ».

Qui sont les 8 porte-parole des gilets jaunes

Mais une fois d’accord sur le principe de se donner des représentants, qui désigner ? Pendant trois heures de discussion, les 44 organisateurs des mouvements régionaux ont discuté des profils capables de porter au mieux la voix des gilets jaunes dans les médias. Ils ont tenté d’imposer la parité, en vain : deux femmes sur huit seulement ont été désignées. En revanche, la deuxième partie du contrat, à savoir choisir des gens déjà bien identifiés dans les médias, est remplie : Eric Drouet, créateur du groupe « La France en colère » sur Facebook, et Priscilla Ludosky, auteure de la pétition contre la hausse des taxes sur le carburant, écument les plateaux de télévision depuis le début de la mobilisation. Maxime Nicolle, est apparu sur celui de Cyril Hanouna, Touche Pas à Mon Poste. Thomas Miralles et Marine Charette-Labadie avaient quant à eux déjà été interviewés, par Marianne notamment.

Dernier critère à remplir pour devenir porte-parole des gilets jaunes : n’avoir eu aucun engagement politique ou syndical préalable. « Nous avons voulu avoir des gens qui n’ont pas d’intérêts particuliers ou militants qui pourrait influencer le mouvement », développe Thomas Miralles. Les gilets jaunes sont intransigeants sur ce point : « Nos réseaux sociaux et notre présence sur Internet sont en train d’être scannés par d’autres membres du mouvement », indique Maxime Nicolle…

Dans la majorité des cas, le contrat semble avoir été rempli. Les deux leaders de Seine-et-Marne, Eric Drouet et Priscilla Ludosky, qui ont répété à l’envi que le mouvement était apolitique, semblent eux-mêmes n’avoir été affiliés à aucun parti ni syndicat. Thomas Miralles, Perpignanais de 27 ans, revendique seulement « d’avoir pris part aux manifestations de son club de rugby » local, et « certainement pas autre chose ». Maxime Nicolle, intérimaire d’une trentaine d’années, assure fièrement qu’il est apolitique : « Je suis seulement quelqu’un d’honnête qui veut aider les honnêtes gens ». Julien Terrier, porte-parole grenoblois de l’Isère, est comme lui un ancien militaire ; aujourd’hui à la tête d’une entreprise de rénovation et de dépannage, il a expliqué au Dauphiné Libéré n’avoir voté qu’une seule fois dans sa vie, « quand Sarkozy a été élu ». Marine Charrette-Labadie, jeune serveuse de 22 ans, organise depuis le début du mouvement des actions de blocage en Corrèze ; début novembre, elle nous indiquait être « plutôt de gauche » sans pour autant s’être engagée dans un mouvement. Mathieu Blavier, représentant des Bouches-du-Rhône, est pour sa part étudiant en droit à la faculté d’Aix-en-Provence et aucun engagement politique ou associatif ne lui est pour l’instant connu.

Un seul profil pose question : celui de Jason Herbert, un Charentais de 25 ans, chargé de communication et… membre du Conseil national des journalistes de la CFDT-Journalistes depuis l’an dernier. Une information trouvable sur Google en une simple recherche. Or, celle-ci aurait pourtant échappé à ses camarades et pourrait lui valoir… d’être éjecté de la délégation, nous fait d’ores et déjà savoir l’un de ses camarades, Maxime Nicolle : « Il faut que l’on vérifie l’information mais si cet élément se confirme, il ne pourra pas rester porte-parole. On veut à tout prix préserver la neutralité du mouvement. Il n’y a que comme ça que l’on pourra garder notre crédibilité auprès de gens qui se battent tous les jours pour leur survie ».

Pourquoi des porte-parole

Les gilets jaunes expliquent vouloir donner un nouveau souffle au mouvement. Après avoir consulté ses sympathisants sur Facebook à travers, notamment, la création d’un sondage, la délégation adresse « deux propositions principales » à l’exécutif : « Revoir à la baisse toutes les taxes » et créer « une assemblée citoyenne ».

Prochaine étape : rencontrer le président de la République, le Premier ministre et son gouvernement dans un « délai raisonnable », indique le communiqué. « A défaut de rencontre ou de propositions sérieuses lors de cet éventuel échange, les actions se poursuivront et se renforceront jusqu’à l’aboutissement d’une solution concrète », poursuit le texte. « Nous avons structuré notre mouvement pour être certains d’être présents et audibles », insiste Thomas Miralles. « On a fait beaucoup de bruit. Maintenant, il ne faut plus seulement que l’on nous entende, il faut que le président nous écoute », abonde Maxime. Quant à la manifestation qui se profile samedi 1er décembre au cri de « Macron démission », ils ne sont pas encore très clairs sur la question…

>> Le communiqué officiel des « communicants » des gilets jaunes (mis en ligne par Franceinfo) :

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