Posted 21 octobre 2018 11 h 00 min by

Pour Florian Philippot, Marine Le Pen a compris que "jamais elle n'accéderait à l'Elysée".
Dans un livre à paraître, intitulé "Frexit", Florian Philippot décrit une Marine Le Pen sous influence et estime que la direction du FN est "l'univers de la paresse". Anecdotes à l'appui…

Florian Philippot est bon communicant. Le livre* qu’il publie ce 19 septembre est essentiellement un plaidoyer idéologique, que l’on peut résumer à une liste de raisons pour lesquelles la France doit sortir de l’Union européenne. Il est d’ailleurs intitulé Frexit, combat obsessionnel et sincère de l’ex-numéro 2 de Marine Le Pen. Mais Philippot sait parfaitement qu’un essai politique ne saurait faire du bruit sans quelques anecdotes et saillies croustillantes. Il consacre donc son premier chapitre à un dézingage en règle de Marine Le Pen et son « entourage », un an après la rupture, détaillant les épisodes qui l’ont conduit vers la sortie.

Le débat du second tour, d’abord. Sans surprise, Florian Philippot l’a trouvé « mauvais de la première à la dernière minute ». « Marine Le Pen est catastrophique, sur le fond et plus encore sur la forme. Elle ne rassure pas, elle fait peur. Sa posture ne convient pas. Son ton est décalé. Ses rictus et ses rires inquiètent. » Le cafouillage de la candidate sur l’euro est évidemment le passage qui a le plus traumatisé son conseiller d’alors : « Marine Le Pen se noie complètement sur le sujet. Emmanuel Macron l’assomme. »

Le coup de fil de Patrick Buisson à Marine Le Pen

L’euro et l’UE, voilà ce qui a progressivement éloigné Marine Le Pen et Florian Philippot, affirme ce dernier : « La rupture s’est faite sur les idées. Marine Le Pen et moi n’étions plus d’accord mais personne n’osait se l’avouer. » L’eurodéputé décrit une présidente du FN qui, ces dernières années, s’est éloignée du souverainisme érigé en étendard par son numéro 2, sous l’influence d’un « entourage très à droite ». Il cite notamment Philippe Olivier, le beau-frère de Marine Le Pen qui est actuellement l’un de ses plus proches conseillers, et son compagnon Louis Aliot, « un authentique vice-président à rien ». Mais aussi Patrick Buisson, « omniprésent dans cette présidentielle version 2017, et qui obstinément conseillait à Marine Le Pen d’abandonner le combat souverainiste pour se concentrer sur les obsessions identitaires ». « Le lendemain du débat de second tour, il trouvera le moyen de dire à Marine Le Pen par téléphone qu’à ses yeux elle avait fait “un bon débat”, qui déplaira aux journalistes et à Sciences-Po mais qui plaira au peuple ».

Mais « Marine Le Pen est-elle uniquement sensible à des influences extérieures ? se demande Philippot. A vrai dire, je ne le pense pas, je crois même désormais qu’elle n’a jamais été très sûre de ses convictions », assène-t-il. Et de raconter un soir de mai 2009, alors que celle qui n’était encore que la vice-présidente du FN se prépare à un débat télévisé : « Marine Le Pen a quitté la salle à manger pour sa chambre, où elle finit de s’apprêter. Mais elle continue à nous parler depuis sa chambre, et subitement l’air inquiète demande : “Au fait, je dis quoi sur l’euro si on m’en parle ? Surpris, je réponds du tac au tac : “Qu’on sort bien sûr, sinon c’est incohérent!’”. Elle acquiesce. Puis s’en va. La position de l’euro a donc été décidée entre deux portes, quelques dizaines de minutes avant un débat télévisé… »

« Détresse psychologique »

Philippot décrit aussi une Marine Le Pen en « détresse psychologique » après la rupture avec Jean-Marie Le Pen à l’été 2015. « Le départ de son père ayant créé un tourment psychologique, un vide affectif, elle sent le besoin vital de compenser, de prouver aussi que c’est toujours la famille qui tient la maison. Et c’est vers son clan, sa bande, mêlant comme toujours chez les Le Pen famille et anciens potes, qu’elle se tourne pour cela. » D’où le retour aux manettes de proches de la patronnes, que Philippot décrit comme un ramassis d’incompétents : « A de rares exceptions près, la direction du FN c’est l’univers de la paresse. »

Ce que Philippot fustige enfin, c’est « un renoncement ». « Le renoncement à la victoire, que j’ai senti chez Marine Le Pen dès l’après-second tour » en 2017. « Elle avait compris : jamais elle n’accéderait à l’Elysée, jamais son parti, de plus en plus infréquentable d’après les plus récentes enquêtes d’opinion, ne parviendrait au pouvoir. » Philippot espère désormais y parvenir lui-même à bord de son propre esquif, Les Patriotes. Pour l’instant, son parti n’est crédité que de 1,5% des voix aux élections européennes, selon un sondage Odoxa pour Le Figaro. Contre 21% pour celui de Marine Le Pen…

*Frexit de Florian Philippot, L’Artilleur, 176 pages, 12 €

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