Posted 17 août 2017 9 h 30 min by

Jadis, les enfants, en tout cas les petits garçons, rêvaient d’être présidents. Qui le fantasme encore ? Quand on pose la question dans les grandes écoles, plus personne ne s’y voit, surtout pas les filles.

Même les garçons les plus ambitieux envisagent plutôt une carrière à l’ONU ou dans une ONG, si possible dans le mécénat culturel… Il faudrait qu’aucune fondation de bébés phoques ne veuille de leurs services pour qu’ils sautent d’eux-mêmes dans la galère de la politique. Comme on les comprend.

Entrer en politique, c’est un peu comme entrer en prison. Le moindre mot qui sort de votre bouche est expertisé. Plus de vie privée, vous appartenez à la collectivité qui veut tout connaître de vous, vos radios des poumons comme vos battements de cœur. Ce que vous gagnez n’est pas mirobolant, mais ce sera toujours trop et perçu comme si vous l’aviez volé. Ce que vous faites de bien, ça arrive, personne n’a le temps de s’y intéresser. En revanche, la moindre gaffe tournera en boucle et vous collera à la réputation comme un nuage de mouches sur un buffle. À qui souhaiter cela si ce n’est à son pire ennemi ?

Après quelques mois de mandat, Donald Trump donnerait volontiers l’ensemble de ses terrains de golf à des immigrés mexicains pour retrouver sa vie d’avant. Et nous aussi.

Quand on y songe, il n’y a que trois explications qui peuvent conduire à vouloir s’engager en politique dans le monde actuel : un besoin fou de revanche sociale (c’est le moteur le plus courant), une inclination quasi masochiste au don de soi et au sacrifice (ce qui donne de la graine d’hommes d’Etat, rarissime) ou une inflammation névrotique du moi (cas de plus en plus répandu et taillé pour le job). Même en appartenant à l’une de ces trois catégories, qui peut souhaiter une vie pareille ?

Commencez tout en bas de l’échelle et vous passerez vos journées à régler des problèmes municipaux, au mieux régionaux, dont personne ne parle, sauf pour vous engueuler. Et si vous grillez les étapes en sautant directement à la case « Jupiter », le meilleur ne dure qu’un temps. Il suffira que votre gouvernement gratte mesquinement 5 € sur les APL pour dégringoler. Ça n’est pas injuste. C’est même tout à fait logique. A part les cadres et les entrepreneurs, ceux qui ont voté pour Emmanuel Macron l’ont fait contre leurs intérêts immédiats, par civisme : pour éviter le pire, sauver l’image de la France et l’équilibre du monde… En retour, la moindre des politesses citoyennes serait de ne pas appliquer un programme élitiste en marchant sur la justice sociale.

Un président tient-il toutes ses promesses ?

D’habitude, ce sont les électeurs et non les gouvernants qui se montrent aussi ingrats. Pendant la campagne, la plupart des électeurs préfèrent écouter ce qu’ils ont envie d’entendre, les belles paroles creuses et les vaines envolées des meetings. Quand le candidat est élu, il applique son programme, tout son programme. Et ceux qui l’ont élu feignent de tomber de leur chaise : « Quoi ? Ce n’est pas ce qu’il avait promis ! » Ils se racontent ainsi, d’élection en élection, qu’ils ne sont pas en cause. Ce ne serait ni leur naïveté ni leur paresse qui les auraient trompés, mais juste que tous les candidats, de quelque bord soient-ils, s’appliqueraient à ne jamais tenir leurs promesses. Faux.

En réalité, très souvent, ils les tiennent. Nicolas Sarkozy président s’est révélé parfaitement conforme à Nicolas Sarkozy candidat. François Hollande a été élu pour faire le contraire de Sarkozy et c’est très exactement ce qu’il a fait… Mais tout le monde leur en veut. Il a suffi qu’un plus jeune imite leurs points forts, tout en prenant le contre-pied de leurs points faibles, pour passer devant.

La justice dans tout ça ? C’est que l’ingratitude finit par rattraper tout le monde, les anciens comme les nouveaux. Combien sont-ils encore à En marche à penser que les vieux de la politique qu’ils ont dégagés, sans trop d’efforts ni de mérite, avaient tout faux ? Les plus honnêtes se demandent déjà ce qu’ils font dans cette galère. A la fin du mandat, il ne restera que les plus cyniques et les plus masochistes pour vouloir rempiler. Ainsi va la politique. En fait, ce n’est pas vraiment un métier de chien. Juste une histoire très humaine.

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