Posted 20 septembre 2017 17 h 00 min by

Le président Nicolas Sarkozy, candidat à sa réélection, ici dans le TGV Paris-Lille le 23 février 2012.
Récit d'un tête à tête dans le TGV Lille-Paris du 23 février 2012 avec l'ancien président Nicolas Sarkozy, alors candidat à sa réélection.

J’avais passé la journée du 23 février 2012 à Lille dans le cadre d’une tournée littéraire.

Le soir, quand nous nous en retournons à la gare avec l’attachée de presse de la maison d’édition, nous constatons qu’elle est sous haute surveillance policière. Sur le quai se trouvent plusieurs centaines de personnes qui avaient assisté dans l’après-midi au meeting du président-candidat Nicolas Sarkozy. Ils sont reconnaissables au drapeau français roulé sous leur bras. Ils le jettent au sol pour applaudir Sarkozy lui-même qui fait son apparition en haut d’un grand escalier métallique, accompagné de trois ministres et d’une flopée de collaborateurs. Tout ce beau monde grimpe dans un wagon. Consultant nos billets, nous nous apercevons que ce wagon est aussi le nôtre. Nous montons, dûment contrôlés par un personnage de la sécurité. L’attachée de presse a une place au fond mais la mienne se situe à côté du carré qu’occupe Nicolas Sarkozy avec ses ministres.

– Monsieur le président, je vais laisser ma place à un de vos camarades.
– Puisque vous êtes là, restez.
– De toute façon, je ne vote pas pour vous.

Je me suis assis malgré tout. Avant même que le train s’ébranle j’ai commencé à expliquer au président qu’il n’était pas sécurisé pour lui de voyager dans un wagon qui ne lui soit pas tout entier dévolu. Si j’avais un revolver dans mon sac, il me suffirait de tirer à travers le cuir pour l’occire avant que son garde du corps ait eu le temps de bouger un cil.

– D’ailleurs, on ne m’a même pas fouillé.
– Ne vous inquiétez pas.

Je lui parle à tort et à travers, lui reprochant son bilan tout autant que l’état du ciel et la pneumonie qui a failli m’emporter dix années plus tôt. Un président exaspéré.

Je porte malheur aux candidats.

Ses collaborateurs ne cessent de lui faire passer des notes sur des bouts de papier qu’il survole du coin de l’œil en hochant la tête. Un président fatigué, qui parfois ferme les yeux pour faire un somme. Je n’en continue pas moins mon monologue. Je sens qu’il est à bout de nerfs. Afin de me faire pardonner je lui annonce qu’il va être réélu pour un deuxième mandat.

– J’en suis sûr, monsieur le président. Je suis un artiste et je suis intuitif.

Il me sourit.

– Oui, les artistes parfois ont un pouvoir de prédiction.
– Exactement, monsieur le président.

Alors que le TGV se trouve à hauteur d’Arras un maître d’hôtel surgit avec une table roulante misérablement garnie. Il donne au président une bouteille d’eau gazeuse puis abandonne entre ses mains une boîte en carton où stationnent une demi-douzaine d’infimes sandwichs triangulaires au pain de mie couleur de cendre. Le président m’en offre un.

– Je ne vais pas refuser un sandwich offert par le président de la République.

Après avoir rendu la boîte au maître d’hôtel, il se rengorge dans son fauteuil.

– Vous voyez, nous sommes généreux.
– Vous savez, monsieur le président, si j’avais eu des sandwichs je vous en aurais donné un aussi.

Je l’ai libéré de ma présence quand le train est arrivé gare du Nord. Sarkozy n’a pas été réélu. Venu l’interviewer pour Libération, j’avais déjà annoncé en 2007 à François Bayrou qu’il serait le prochain locataire de l’Elysée. Le lendemain il avait commencé à dégringoler dans les sondages. Je porte malheur aux candidats. Si j’avais voyagé au printemps dernier avec Emmanuel Macron, son irrésistible ascension se serait terminée sur un brancard.

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